
Qualité de l’air à la maison : choisir un capteur et lire les données (CO₂, PM2.5, COV)
On y passe la majorité de notre temps, mais l’air intérieur reste souvent une boîte noire. Les capteurs grand public ont changé la donne : ils affichent en temps réel le CO₂ (confinement), les PM2.5 (particules fines) et les COV (composés organiques volatils). Ce guide vous aide à choisir un appareil fiable, à bien l’installer et surtout à interpréter sans se tromper - pour agir efficacement (aération, filtration, habitudes).
1) Que mesurent vraiment les capteurs ?
- CO₂ (ppm) - Indicateur de confinement. Plus on respire dans un volume fermé, plus le CO₂ monte ; c’est un très bon proxy du renouvellement d’air.
- PM2.5 (µg/m³) - Particules ≤ 2,5 µm. Issues de la cuisson, bougies/encens, tabac, aérosols, infiltration extérieure (trafic, chauffage). Pénètrent profondément dans les poumons.
- COV (ppb / indice TVOC) - Gaz émis par peintures, solvants, produits ménagers, mobilier, parfums, cuisson. Certains irritants, quelques-uns préoccupants à long terme.
- Température & humidité (°C / %) - Confort et santé : 40-60 % d’humidité relative aide à limiter irritations et favorise l’efficacité de la filtration.
2) Seuils utiles pour décider
Les références varient selon les organismes. Utilisez les fourchettes ci-dessous comme repères opérationnels pour la maison (à affiner si vous avez des besoins spécifiques) :
Paramètre | Bien | À surveiller | Action immédiate |
---|---|---|---|
CO₂ | 800 ppm | 800-1200 ppm | 1200 ppm : ouvrir/aérer ou augmenter VMC |
PM2.5 (24 h) | ≤ 10-15 µg/m³ | 15-35 µg/m³ | 35 µg/m³ : réduire source + filtrer + aérer si air extérieur correct |
TVOC | 200 ppb (ou indice « bas ») | 200-600 ppb | 600 ppb : identifier la source, ventiler, substituer produits |
Humidité | 40-60 % | 30-40 % / 60-70 % | 30 % : humidifier ; 70 % : déshumidifier/ventiler |
Note : les valeurs sont indicatives pour l’habitat ; en cas de pathologie respiratoire ou de crainte spécifique, demandez l’avis d’un professionnel de santé.
3) Bien choisir : capteur unique ou station complète ?
Capteur CO₂ dédié (NDIR) : le plus utile pour le quotidien (écoles, bureaux à domicile, chambres). Recherchez la mention NDIR (technologie à infrarouge non dispersif), gage de précision. Évitez les pseudo-CO₂ (eCO₂) qui extrapolent depuis les COV : pratiques mais trompeurs en valeur absolue.
Moniteur « multi-polluants » : combine CO₂ (NDIR), PM2.5 (compteur optique) et COV (MOS). Permet d’identifier la source dominante (cuisson, bougies, produits ménagers) et d’agir plus finement.
Fonctions utiles : historique exportable (CSV), alarmes réglables, affichage clair, étalonnage/calibration, batteries remplaçables, connectivité locale (évitez le 100 % cloud si possible), compatibilité avec domotique (scènes : ouvrir VMC, lancer purificateur).
4) Où placer le capteur (et où surtout pas) ?
- Hauteur respiration (1-1,5 m), à distance des fenêtres/portes immédiates.
- Pas dans un flux direct (sortie VMC, bouche de chauffage) ni sur un rebord ensoleillé.
- PM2.5 : évitez la proximité directe des tables de cuisson ; placez à 2-3 m pour mesurer l’exposition de la pièce.
- Chambre : un capteur CO₂ posé sur la table de chevet (à distance du visage) rend bien compte du confinement nocturne.
5) Lire les courbes sans se faire piéger
CO₂ : il monte quand la pièce est occupée et fermée ; il baisse dès qu’on aère. Un pic bref pendant un dîner n’est pas grave ; un plateau 1200 ppm pendant des heures indique un renouvellement d’air insuffisant.
PM2.5 : pics typiques à la cuisson (poêles, fritures), bougies/encens, bricolage. Si le fond reste élevé même fenêtres fermées, suspectez une infiltration extérieure (trafic, bois) ou une source continue (tabac).
COV : pics après ménage, peinture, décapage, parfums d’ambiance. Si la valeur ne redescend pas en quelques heures d’aération, identifiez le produit (étiquettes, FDS) et remplacez-le par une alternative moins émissive.
6) Agir efficacement : protocole simple
- Aération ciblée : ouvrir en grand 5-10 min (courant d’air) plutôt que laisser entrebâillé longtemps ; répéter après cuisson/douche.
- Filtration des PM : purificateur HEPA (H13/H14) dimensionné à la pièce (CADR adapté) ; placer au centre, laisser fonctionner au moins 30-60 min après une activité émissive.
- Habitudes : couvercle en cuisson, hotte (rejet extérieur idéal), limiter bougies/encens, préférer produits ménagers simples (savon noir, vinaigre selon surfaces), éviter sprays parfumés.
- Humidité : viser 40-60 % ; déshumidifier après lessives/séchage intérieur, humidifier l’hiver si air trop sec.
- VMC : vérifier entretien (filtres, bouches propres), débits suffisants ; en locatif, signaler dysfonctionnements.
7) Cas pratiques (lecture des données)
Cas A - Soirée cuisine : PM2.5 monte à 120-150 µg/m³, COV en hausse, CO₂ stable. Action : hotte + couvercle, ouvrir 10 min, purificateur 30 min. Objectif : revenir 20-30 µg/m³ en 1 h.
Cas B - Nuit en chambre : CO₂ grimpe de 600 à 1800 ppm à 2 h du matin. Action : entrebâiller fenêtre, ou ventilateur d’extraction timer ; viser 1000-1200 ppm.
Cas C - Ménage parfumé : TVOC 800 ppb pendant 4 h. Action : aérer + substituer le produit (sans parfum, écolabel), vérifier le retour 200-300 ppb le lendemain.
8) Calibration, dérive, qualité des mesures
CO₂ NDIR : recalibrage auto (ABC) utile si vous aérez régulièrement ; sinon, faites un calibrage manuel à l’extérieur (≈ 420 ppm) selon le manuel. PM2.5 : les capteurs optiques sont sensibles à l’humidité et à la granulométrie ; considérez les valeurs comme relatives et comparez avant/après action. COV : la dérive est possible ; fiez-vous aux variations et non à l’absolu à la décimale près.
9) Données, appli, vie privée
Préférez un appareil qui fonctionne sans cloud ou propose l’export local. Les traces d’air intérieur disent votre présence, vos habitudes. Gardez la main sur qui voit ces données. Bonus : intégration locale (Home Assistant, Matter) pour automatiser sans exposer au web.
10) Check-list d’achat rapide
- CO₂ NDIR obligatoire ; PM2.5 et COV selon besoins.
- Alarmes réglables + historique exportable.
- Alimentation fiable (USB-C, batterie remplaçable) ; écran lisible.
- Montée en gamme utile : multi-pièces (2-3 capteurs plutôt qu’un seul à déplacer).
En bref
Un bon capteur transforme un « mauvais air » abstrait en actions simples : ouvrir au bon moment, filtrer quand il faut, changer un produit trop émissif, régler la VMC. L’objectif n’est pas de traquer la perfection, mais de réduire les expositions inutiles - pour respirer mieux, dormir mieux, et vivre chez soi sans surprises invisibles.
Avertissement : ce guide est informatif et ne remplace pas un avis médical. En cas de symptômes persistants (asthme, irritations), consultez un professionnel de santé.